Alors! Changer de vie, ça fait quoi?


Négocier un virage sans clopes, c’est assez spécial. On dira qu’en plus du sevrage, je vivais seule. Je n’avais pas de jalons, pas de limites imposées par un homme qui m’aurait dissuadée de reprendre. La porte était ouverte à tous les excès.

On est tous restés un peu enfants, du moins je me plais à le croire, et je suis la première à rire de mes farces. Mais, pour le coup, pas de blagues, s’arrêter de fumer et s’y tenir, ça fait partie des décisions les plus adultes qui soient. Et vous êtes lié avec vous-même sur le sujet, en ayant signé un pacte à vie, sinon, à quoi bon…Il s’agit donc de résister et de trouver, seul, je le répète, quelques « compensations », si tant est qu’on puisse remplacer la cigarette, ça se saurait…J’ai cette grande chance d’avoir l’oreille musicale alors, fatalement, j’entendais distinctement les appels de chaque signe. Je trouve judicieux d’écouter les « signes ». On en fait la traduction qu’on veut, ils amènent à « quelque chose » et on est seul maître de ce qu’on en fait, de la direction qu’on prend et, dans tous les cas, on va de l’avant. On modifie, on rectifie, on peaufine, on se questionne. Défumer c’est avancer, définitivement…

Il y avait ce bruit incroyable, à deux pas de chez moi. Celui d’un moteur puissant, d’un engin qui semblait atterrir sur ma pelouse…et c’était le cas! Je venais de terminer de lire un livre sur le journalisme et faisais de sérieux constats sur mes études inachevées. Je me cognais le front avec le poing, me corrigeais: « Pas commencées, oui! » et c’était amer, ce regret…Alors j’ai penché ma tête au dehors et il était à la fois fier et burlesque, cet hélico sur mes terres!!! Imaginez la taille du signe #IDNV! Il pleuvait à torrents, il n’y aurait que moi pour couvrir l’événement! J’ai pris des photos, oh, beaucoup! Je suis rentrée chez moi en courant, ai rédigé un « papier » puis adressé un mail à mon journal local. Je proposais des clichés et mon article, Vous n’y étiez pasmoi j’y étais, il n’y avait eu que moi pour shooter ce qui ressemblait à un problème technique ou à un énorme gag. Je pensais à un défi ou à une sérieuse panne d’essence. L’article a été publié, mais mon texte modifié. En effet, après renseignements, on apprenait qu’il s’agissait d’un suicide dans mon quartier; on a donc gommé le ton humoristique, c’était de l’info, pas du comique!. En tous cas, j’avais mon nom dans la presse et ma photo était signée…J’étais loin d’imaginer que deux mois après, on me consacrerait une page entière dans le même hebdomadaire!

L’envie de fumer était forte, comme j’étais fière. Eh oui! Il n’y a pas que le stress, il y aussi les belles émotions, les très bonnes, si intenses qu’on a envie d’« arroser » ça, parce que c’est si magique qu’on en remettrait bien une couche niveau débauche de plaisirs. On a peur, aussi, parce qu’une jolie émotion, c’est une forme de choc et qu’on avait pas trouvé mieux qu’un nuage de fumée pour les amortir, ces impacts. On est nu, très très seul, on est heureux parce qu’on a su lire, écrire, prendre des photos, sans nicotine. Ouais. Et c’est là qu’il faut suivre, se suivre, parce qu’on a mis le doigt dans un engrenage tel qu’il va falloir subir les joies à venir très exactement de la même manière: nue. Comme un ver!

Je bats le fer. Je participe à un concours littéraire, le Prix PPDA, un enjeu énorme pour quelqu’un comme moi, qui peine à se faire publier et cours après la reconnaissance. 56,4 % des voix. Gagné! Je vous le donne en mille: quand vous remportez ce genre de prix, il faut réserver aussi du temps pour la suite! Un cortège d’émotions toutes aussi déroutantes les unes que les autres, nées dans le seul but de vous mettre à l’épreuve, donc de vous pourrir la vie. Toujours pas repris, dégage salope, putain de sa race de clope. Bien balancé, il faut insulter le tabac, ça le diminue!

Quatre mois après, on remet ça? Un second concours, je le remporte, mais cette fois-ci, je ne suis pas seule, nous sommes sept. Avantage: un recueil est publié qui regroupe les sept textes! Volpilière est ma maison d’édition, je suis écrivain, c’est écrit! Papa doit être fier, comme il était « parti » peu de jours avant…(non, je n’ai pas repris, et j’ai fait ce choix pour Lui). Quelques semaines après, Elisabeth Robert-Mozzanini me commande un roman! Le fameux « Céanothes et Potentilles ». J’assure, confirme et jure: on ne perd pas ses facultés de concentration quand on défume. C’est très exactement l’inverse qui se produit. Pas mal, le signe, non? Parce que j’aurai donc passé dix ans de ma vie à écrire, sans parvenir à ouvrir la porte de la publication. Vous me direz que c’est assez logique et qu’on peut comparer une oeuvre éditée à un ticket de loto gagnant. C’est vrai. Pour autant, moi je constate: ce sont bel et bien les textes et les livres rédigés sans tabac qui ont été retenus…Pendant tous ces mois, il y a eu les entrevues chez l’homme qui allait devenir mon second éditeur, Monsieur Guy Tredaniel. Mon journal sur mon sevrage aura servi de thérapie et pourrait bien servir à d’autres. Il plaît aux éditions Tredaniel, porté affectueusement par celle qui m’offrira une préface: Laure Pouliquen, auteur, journaliste…et amie.

Dans le même temps, comme les couleurs ont l’air d’avoir changé et que même la lumière y a gagné en intensité, je me lance, encouragée par mon neveu Axel, douze ans (à nouveau, ne rien laisser au hasard, tout écouter…), je compose un press-book des plus complets, offrant mes services à des hôtels en échange d’une chambre et de la prise en charge de l’essence. J’y gagne, je travaille dans un cadre de vacances! J’en fais de même avec des magasins de décoration. Je suis aussi riche de portraits déments, j’ai RV sur RV, les plus grands acteurs, auteurs, musiciens, jouent le jeu. En quelques semaines, j’ai quatre portfolio. Je monte ma micro-société, et merde, j’ai encore envie de fumer…Janvier 2010: « Céanothes et Potentilles » sort. Arf, une taffe, svp! Ce sera non, je freine le geste, on insiste: on veut me tuer…Avril 2010: « Mon guide de la défume » naît. Howell, scours, parce que là, c’est épouvantable: je suis obligée de ne jamais refumer! Je suis l’auteur d’un guide-journal sur le thème des bienfaits du sevrage!!!

Changer de vie, ça donne ça. Voyez les doutes, les craintes. La façon dont vous êtes porté aux nues, la manière dont vous masquez comme vous pouvez le rouge au joues, à deux minutes d’une interview. Voyez la reconnaissance qui arrive enfin, il manque un truc, un machin au bout de vos doigts parce que c’est très fort, très émouvant, tout ça, et que vous êtes encore seule pour affronter l’émoi. Une chose est sûre: je suis assez rancunière, comme fille. Si on m’a fait du mal et qu’on ne travaille pas à s’excuser ou à panser mes plaies, j’en reste là. C’est ce que j’ai fait. Cette p….n de cigarette a eu l’arrogance et l’insolence qu’ont certaines anciennes « amies », celles qui jalousent votre force et vous poussent comme elles le peuvent au vice. Je suis libre de fréquenter qui je veux. J’ai rayé la clope de ma liste de copines. Trop collante, en plus…;)

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